mardi 12 novembre 2013

Manifeste pour un MONDE (urbain) contre-barbarie


Après une rencontre avec Alexandre Rigal à l'occasion des Journées Créativité et Territoires d'Automne 2013 à l'Espace Mendès France à Poitiers, nous lui avons proposé de publier des articles de jeunes chercheurs du Collectif Confluence, comme lui, qui cherchent à développer une approche décloisonnée de la Recherche en Sciences Humaines et Sociales ainsi qu'en Lettres et Arts.

Nous vous proposons ainsi le premier article du genre, qui viendra nourrir votre réflexion en tant qu'aménageur, gestionnaire, animateur des territoires ou simple passant sur la Toile.



Manifeste pour un MONDE (urbain
CONTRE-BARBARIE

Avances rapides

pour

Rassemblements
 



39-45-XXIéme siècle




Rire
Ni l'aigreur, ni l'euphorie
            Au rire ! Gaussons-nous des fascismes et des anti-fascismes[1] ! Deux modes distincts de nihilismes : un balancement partagé entre aigreur et euphorie et un même positionnement moral – ami/ennemi – : la destruction de l'autre réduit à sa raideur politique, le dés-astre. Aux furieux démoniaques et tristes, aux cyniques tièdes, il est temps de rallumer les étoiles dansantes sur la terre. Rions auprès des démons et des anges destructeurs, courbons-nous, courbons-les, tâchons de produire les conditions de possibilité de la différenciation, de l'éclatement et de l'accélération pour le rassemblement. S'il n'y aura jamais de post- ou de non-fascisme[2], ouvrons au moins la brèche pour une conjuration du fascisme : pour un contre-fascisme.

Contrer
Contre-fascisme
            Pourquoi débuter par emmêler pro-fascismes et anti-fascismes ? (dites-vous : pourquoi d'un trait si désespéré et si virulent à la fois ?) C'est qu'ils sont hostiles : hostiles à l'autre et mauvais avec les mauvais. Ils pêchent de barbarie envers l'autre et crée des barbares là où nichent des actes, des mots et des pensées barbares. Double-contrainte, paradoxe, double-pince : dénier le déni. La barbarie est ce qu'il faut empêcher, mais bien évidemment pas à n'importe quel prix, et surtout sans déni de l'autre, sans faire de nouveaux barbares, sans reniement de la différence : non sans conflit[3] et sans lutte mais sans censure et sans coups : sans barbarie.
            Ni pro-, ni anti-, que faire ? Le contre-fascisme !
La barbarie n'est ni amie ni ennemie, ni à détruire, ni à supprimer. Impossible, car toujours elle veille[4] ! La barbarie est à empêcher, à conjurer, à contrer. Qu'est-ce à dire ? Il y aurait tout de même une différence entre dénier tout lien possible avec l'autre dit « barbare », ou avec la barbarie en actes, et la fonction de négation qui lierait assez pour entraver l'émergence de la barbarie. Dénier c'est détruire avec fureurs et fracas, c'est broyer le compromis avec des larmes et du sang, réduire en miettes les tentatives de pacification, dénier c'est refuser les autres en tant qu'existants. Au contraire, la négation est une fonction qui permet de prendre en compte l'existence de l'autre[5], en prendre acte pour se lier à lui d'un attachement libérateur, pour l'empêcher d'agir, non pour le tuer. Empêcher, conjurer, contrer, contre-. Pourquoi contre- ? Parce qu'il faut s'opposer activement, ourdir toutes les machinations, créer d'autres incantations pour se détourner des maléfices, d'autres formules pratiques, d'autres fonctions appropriées à chaque barbarie, contre-. Pourtant ne nous trompons pas, le contre n'a rien à voir avec l'indignation vague et retorse, le contre s'adapte à l'offenseur, le contre se plie au à celui qui le traque, avant de le plier en retour. Et ce pliage – loin du lissage ou du brûlot – ne peut exister que par anticipation et action. L'art du contre réside dans une bonne anticipation[6], contrer, prendre un coup d'avance dans le temps et dans l'espace, c'est aller plus vite : être en avance rapide >>[7]. Contrer[8], c'est plier activement et positivement – rien à voir avec courber l'échine simplement pour éviter le coup ou tendre le joue pour recevoir le coup – pour ne pas rompre. Plier soi-même en pré-réponse à l'autre, c'est l'empêcher, c'est conjurer la barbarie en soi et en l'autre[9] !
Anticiper >>
L'optimisme est le désir d'optimisation
            Le nihilisme n'est pas toujours furieux, subsistent les tièdes et les (dés)abusés : pessimistes fourchus. Ceux-là qui marmonnent et qui sanglotent, confiants ni dans ce qui est, ni dans le devenir – déni bis : ne pas chercher c'est aussi dénier –. Pâlots-funs et peureux qui pouffent sans jamais jouir, ne prenant rien au sérieux, et surtout pas la barbarie. Les niais attendent que cesse comme seule la barbarie, Main Invisible providentielle ou État Tout-Puissant. Devant ces Dieux, n'avons-nous jamais été béats ? Dans l'oubli de tout scrupule[10] – déni ter : oublier c'est aussi dénier – ! Néanmoins, l'oubli n'est pas la fuite et la barbarie s'offre même au plus myope des pessimistes. L'humain oublieux est réaction et désanticipation, autoréduction de ses capacités d'action et de lutte. Pourtant tous, nous savons ce que peut l'Étatgénocide –, nous savons ce que peut le marché – génocide bis –. Qui pour les empêcher enfin ?
            L'amnésie est anesthésie à vaincre par la joie de l'optimiste et le rire du lutteur facétieux pessimiste !
Pour contrer, il nous faut apprendre à anticiper sur la barbarie, à activer la fonction avance rapide du contre-. Nous avons donc besoin de pessimistes qui ordonnent le chaos par avance. Cependant, au-delà du pessimisme conjurateur, de l'optimisme de la foi dans le présent, persiste la nécessité morale pour le pluraliste de la recherche de meilleurs assemblages d'existants, optimum[11]. Autrement dit, pour nous, il ne s'agit plus lorsqu'on utilise le mot d'« optimisme », de la confiance dans ce qui est, mais bien au contraire de l'espoir né de l'enquête, du calcul et de la découverte d'autres mondes possibles et déjà des existences d'êtres les plus divers avec lesquels devenir. Nous avons besoin aussi des optimistes !
Comme pour les êtres les plus fabuleux et les plus fantasques qu'on embrasse plus ou moins consciemment et avec une plus ou moins forte joie, pour un devenir contre-barbarie, il nous faut embrasser la barbarie et des bras empêcher son emprise à venir (même sur nous) : contre-capture[12]. Tous avec la barbarie, c'est-à-dire tout contre la barbarie ! Ainsi collés à elle au sein du plurivers, nous voilà transformés en beaux lutteurs (grecs ou romains) par anticipation.

            Maintenant assez déliés des atermoiements qui handicapent toutes les soifs de libération et équipés de la fonction contre-, tournons-nous vers ses conditions de possibilités. Nous savons pourquoi il faudra bien faire avec les pro-fascismes et les anti-fascismes, ils sont avec nous et en nous, mais dans quels assemblages conjurateurs allons-nous donc nous coupler avec des assoiffés de ruines, d'embrasements, avec des clowns tristes ? Et comment contrer ce qui traque déjà et toutes les traques à venir ?


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